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2008 : Retour sur la crise financière qui ébranle les places mondiales…
La crise que connaît aujourd’hui le monde boursier débute dès l’été 2007. Les spécialistes la datent précisément du 09 Août 2007, date du début de la crise de confiance. Avant d’être une crise financière majeure, elle a d’abord été une crise immobilière et une crise bancaire classiques sur lesquelles il faut revenir.
De la Crise Immobilière à la Crise Bancaire
Les logiques de crédit diffèrent grandement entre les Etats-Unis et l’Europe Occidentale. Alors qu’en France, notamment, le prêteur s’attache à la capacité de remboursement liée aux revenus du ménage pour accorder ses prêts, certains banquiers américains ont accordé des prêts immobiliers en fonction de la garantie que le ménage pouvait apporter et non en fonction de ses revenus.
Ainsi, des ménages peu solvables ont pu bénéficier de crédits importants pour acquérir leur logement qui était hypothéqué au profit de la banque. Cette logique est viable tant que l’immobilier garde une forte valeur. Ainsi l’emprunteur peut, en cas de difficultés, revendre volontairement son bien et en tirer une plus-value. En cas de défaillance, la banque peut alors saisir le bien, le vendre et se rembourser.
Ces crédits hypothécaires accordés à des ménages « risqués » sont appelés des subprimes et représentaient aux Etats-Unis environ 20% du montant des crédits immobiliers accordés.
Leur succès auprès des banques est expliqué par leurs taux d’intérêt. En effet, les banques vont couvrir le risque d’insolvabilité qu’elles supportent en demandant des taux d’intérêt plus importants.
Cependant, dans le cas des subprimes, les taux fixes des premières années étaient volontairement bas pour attirer les emprunteurs et se transformaient par la suite en taux variables, indexés sur le taux de la Réserve Fédérale Américaine et augmentés d’une marge (spread) telle qu’ils étaient plus élevés que les taux des crédits accordés à des ménages solvables. La FED a offert jusqu’en 2004 des taux directeurs bas, ce qui a permis aux ménages subprimes de rembourser leurs échéances.
Le système se grippe entre 2004 et 2007 : les taux directeurs de la FED sont rehaussés. Des ménages ne peuvent plus faire face à leurs échéances et leurs biens immobiliers sont saisis.
De plus, le marché de l’immobilier connaissait déjà une légère baisse depuis 2006. Cette arrivée massive de logements à vendre a entraîné une chute des prix très rapide et très importante.
Deux conséquences : au niveau social, de nombreux foyers américains sont privés de toit ; au niveau bancaire, les établissements spécialisés en prêts subprimes ne peuvent plus obtenir le remboursement de leurs prêts et les grandes banques qui les finançaient accélèrent leur faillite en leur demandant des remboursements anticipés. C’est le début de la Crise Bancaire.
De la Crise Bancaire à la Crise Financière
Une Crise bancaire classique se serait limitée à ces établissements précis en mettant à mal les banques générales qui les finançaient ou les détenaient (suppression d’emploi, pertes…).
Or depuis la rentrée 2008, les faillites bancaires se multiplient : Comment la crise des subprimes s’est-elle répandue ?
Ce résultat est l’œuvre d’innovations financières courantes depuis le début des années 2000 : les banques ont titrisé leurs créances subprimes. Elles ont regroupées certaines de leurs créances illiquides dans des structures juridiques spécifiques. Celles-ci se financent sur le marché en émettant des titres aisément négociables, acquis par des investisseurs, notamment les fonds d’investissement. Les banques transféraient ainsi le risque de crédit qu’elles supportaient vers d’autres institutions, intéressées par le rendement élevé lié aux taux d’intérêt supérieurs des crédits subprimes. Cependant, ces transferts n’ont pas été totaux et la défaillance des ménages a réellement pesé sur les établissements spécialisés.
Ensuite, les transferts qui ont eu lieu à travers ces titres étaient cependant suffisants pour mettre à mal les fonds d’investissement qui les ont achetés. Plusieurs, célèbres pour certains, ont fait faillite.
Enfin, ces fonds étaient financés ou détenus par les grandes banques. L’effondrement des valeurs des fonds entraîne la perte de valeur des actifs détenus par les banques, qui sont cette fois touchées de façon indirecte.
Naît alors ce qu’on a appelé une crise de confiance. Les banques se ressourcent en principe en empruntant les unes aux autres. L’absence de transparence entre les banques ne permet pas de savoir quelle banque détenait directement ou indirectement des titres liés au risque des subprimes et donc devenait risquée. Les banques ne veulent donc plus se prêter : la crise bancaire s’étend et devient une crise de liquidité généralisée.
La crise touche de plein fouet les Marchés Financiers : les fonds d’investissement font faillite alors qu’ils sont des acteurs fondamentaux des marchés, la crise de confiance inquiète les investisseurs, les places boursières mondiales s’effondrent dans les premiers jours d’Octobre.
Contamination de l'économie réelle
Bien que virtuel, le monde des marchés financiers rencontre l’économie réelle : le moral des ménages, vital en économie, est en berne, les banques durcissent leurs conditions d’obtention du crédit (renforcement des critères de sélection pour éviter la majorité des risques, hausse des taux d’intérêts…) : les ménages ne trouvent plus les ressources nécessaires à leur consommation et, plus grave encore, les chefs d’entreprise peinent à financer leurs investissements, indispensables à la croissance. Chacun de ces acteurs économiques doit alors adapter sa « stratégie » :
Deux stratégies de consommation peuvent être imaginées : soit la recherche des produits habituels mais à coût limité, soit l’abandon des produits répondant à des besoins secondaires. Une analyse rapide de l’économie générale semble aujourd’hui préférer la seconde hypothèse, avec les domaines des loisirs, de l’immobilier, de l’habillement qui souffrent d’un ralentissement parfois spectaculaire.
Cependant, une analyse plus précise au niveau de la consommation pharmaceutique et parapharmaceutique semble démentir cette théorie : pour le moment, les grandes Pharmacies qui offrent des prix bas n’enregistrent pas de diminution dans la consommation des produits de cosmétologie, voire une augmentation qui naît d’un phénomène de transfert de la Clientèle de la petite Pharmacie sans politique de prix à ces géants aux politiques étudiées.
Quant aux professionnels, les investissements en période de gel des conditions bancaires sont limités, que ce soit des investissements nécessaires à l’activité (renouvellement des immobilisations) ou des investissements synonymes de croissance externe (acquisition de nouveaux locaux, de nouveaux matériels, réinstallation…). Il risque donc de s’ensuivre des politiques de réduction des coûts d’exploitation et surtout des pertes d’opportunités, notamment lors de l’installation d’un Pharmacien qui, ne bénéficiant pas des conditions normales de crédit, devra renoncer à une Officine dont le plan de financement aurait été auparavant équilibré du seul fait de son activité.
Devant les faillites bancaires, beaucoup ont pensé à retirer leur argent des banques. Ce comportement est motivé par la peur et ne ferait en vérité qu’aggraver la situation : demander massivement le retrait de ses dépôts aux banques, dont certaines sont saines et ne font que pâtir aujourd’hui de l’image négative du monde de la finance, alimenterait leurs difficultés.
Les Solutions Etatiques
Pour les professionnels du Chiffre, la crise actuelle est le reflet de certaines défaillances des agences de notation tout d’abord et des normes comptables ensuite. Les agences de rating internationales auraient dû noter les actifs en fonction de leur risque et ainsi prévenir la crise. Or, jusqu’à la veille de l’effondrement de la « bulle subprimes », ces titres risqués ont reçu des notes élevées, synonymes en principe de placement peu risqué… Leur rôle doit donc être revu et renforcé. Quant aux normes comptables, elles imposent la comptabilisation à la juste valeur (fair value) qui correspond à la valeur de marché. Les banques doivent aujourd’hui enregistrer des dépréciations phénoménales destinées à retranscrire la perte de valeur des titres cotés qu’elles détiennent. Ces writedowns accélèrent les pertes enregistrées par les institutions financières en cas de crise. En effet, la perte de valeur irrationnelle de certains titres, qui souvent ne correspond pas aujourd’hui à la valeur patrimoniale de ces entreprises cotées, entretient le climat de méfiance.
Pour sortir de la crise, Américains et Européens ont voté des « plans de sauvetage » du secteur bancaire, qui démontre encore ici son rôle essentiel dans la croissance économique.
Le plan Paulson, premièrement, envisage le rachat par l’Etat américain des « actifs toxiques » (fondés sur les subprimes) des banques américaines à hauteur de 700 milliards de dollars afin de limiter la crise de liquidité. De nombreuses critiques se sont élevées contre ce plan qui représente un engagement sans précédent de l’Etat libéral américain dans l’économie, un engagement auprès des banques d’investissement qui spéculaient depuis longtemps sur les marchés financiers et surtout un engagement qui pèsera sur les citoyens américains. Cette dernière critique doit être relativisée : l’Etat américain n’injecte pas des liquidités dans le marché américain mais achète des actifs qui sont, certes, de valeur très faible aujourd’hui, mais qui continuent à être remboursés par les hypothèques. Cet engagement de l’Etat américain augmente donc massivement la dette publique mais pourra être en partie supporté par les rentrées d’argent liées à la détention de ces actifs.
Le G15 a, quant à lui, décidé d’un « plan européen » qui est en réalité une ligne de marche commune que chaque pays doit ensuite adapter. Les Etats s’engagent à garantir le refinancement auprès des banques : la banque qui demandera cette aide devra supporter des intérêts élevés et justifier de l’utilisation pour l’économie nationale des fonds alloués.
Dans un second temps, et de façon subsidiaire, les Etats pourraient recapitaliser les banques qui le nécessitent, c'est-à -dire acheter des actions de ces banques pour leur apporter des fonds propres et ensuite les revendre quand la situation s’améliorera : il s’agit donc d’une nationalisation…temporaire uniquement.
Le plan français, voté par le Parlement malgré l’abstention socialiste et l’opposition communiste, prévoit un soutien de 360 milliards d’Euros, le plan allemand 480 milliards, le plan britannique 382 milliards… au total, 2000 milliards au niveau européen, de quoi, on l’espère, enrayer la crise financière.
Thomas Leonetti
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